Menu

Divers

 

1. Réflexions musico-littéraires...


Publication originelle : vendredi 12 septembre 2008

 

J’ai terminé il y a peu de réviser la nouvelle proposée pour le dernier atelier d’écriture Boréal. Je suis passé d’un texte de 15 pages à 63 pages puis j’ai révisé, autocritiqué, démonté, remonté, fait lire par les collègues, corrigé… Le tout est maintenant envoyé.

Travailler ce texte a été aussi l’occasion de me livrer à quelques réflexions sur mon processus de création — plus précisément sur le rôle de la musique dans ce processus. Un échange de courriels avec Georges Boulevard (qui a publié un texte dans le dernier Brins d’éternité) me pousse à livrer quelques réflexions sur ce sujet. Pour mon bon plaisir et celui des quelques scribouilleurs égarés sur ce blogue :-)

Personnellement, j’aime plus ou moins écrire en musique, bien que je ne déteste pas les bruits de fond. Le brouhaha d’un café me cause peu de problèmes en général, parfois je laisse la télévision ouverte en sourdine. Parfois, mes oreilles sont sensibles et je ferme tout. Il y a des jours « avec » et des jours « sans », comme on dit. Mais pour réfléchir — autant pour une histoire que pour mes petites recherches bioéthiques —, j’adore la musique. Mes parents sont musiciens, j’ai grandi en entendant toutes sortes de compositeurs populaires ou plus « spécialisés » — mais qu’on trouve tous chez Archambault. Et comme mes parents ont eu la sagesse de ne pas me forcer à faire de la musique contre mon gré, j’adore en écouter. Musique de film, mais aussi musique plus « classique » — surtout sans paroles ou avec des paroles dans une langue que je ne comprends pas. Je ne sais pas pourquoi, les chansons m’agacent en général. J’ai toujours eu l’impression que la musique, pour reprendre des mots prêtés à Gustav Mahler, commence là où les mots s’arrêtent, qu’il s’agit d’émotions presque à l’état pur, de sensations, etc. C'est peut-être pour ça que les mots en musique me dérangent...

Ce n’est pas systématique, mais il est parfois arrivé que la musique guide mon processus de création sans pour autant en prendre le contrôle. Comme si, parfois, je trouvais une musique qui évoquait justement ce que je voulais dire dans une histoire. Ainsi, ma dernière histoire d’atelier traitait de posthumains évoluant dans une cité en ruines lors d’une mission archéologique. Bien que je possédais depuis longtemps le canevas de l’histoire et les principaux rebondissements, il manquait quelque chose. Et voilà que le hasard m’a fait rencontrer un compositeur anglais, Ralph Vaughan Williams (1872-1958), l’un des petits-neveux de Charles Darwin. L’une de ses pièces, « Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis », m’a interpellé et en l’écoutant, je me suis mis à voir mes personnages, à les voir vagabonder dans les ruines, à ressentir ce qu’ils ressentaient, comment ils interagissaient, etc. J’ai entrevu ce qui manquait à mon histoire et lorsque je réfléchissais sur ma réécriture, ce sont les œuvres de Vaughan Williams que j’écoutais en priorité. « La fantaisie sur un thème de Thomas Tallis » est une œuvre intéressante, tout en retenue, néanmoins extrêmement puissante.

Je ne dis pas que j’ai réussi à faire passer cette musique dans mon histoire, d’ailleurs ce n'était pas le but, mais il me semble qu’elle me mettait dans un état second qui me rendait capable de réécrire ce texte-là. Je trouvais que l’œuvre de Vaughan Williams « collait » bien avec mon histoire. J’ai trouvé le phénomène curieux. Ce n’est pas une condition sine qua non pour que j’écrive quelque chose, mais à la réflexion, il me semble qu’en cours d’écriture je finis toujours par trouver une pièce de musique qui évoque mon histoire et que j’écoute en boucle pendant mes réflexions. Pour « Le premier de sa lignée », c’était le générique pompier d’un film que je ne nommerai pas, mais que je me suis mis à écouter lors des réécritures… ;-)

Pour ma prochaine histoire, j’ai décidé, par jeu, de prendre comme matériau inducteur une pièce de musique (que j’associerai à un autre matériau, non-musical). Mon choix s’est porté vers une pièce du compositeur suisse Arthur Honegger (1892-1955), « Pacific 231», qu’on peut trouver dans le second coffret des « Grands Classiques d’Edgar ». Cette pièce de musique m’a parlé dès le début et je vais essayer d’en faire quelque chose… (attention, c’est du contemporain assez « sauté »…)

Et vous, est-ce que la musique occupe une place particulière dans votre processus créatif? Si oui, laquelle et comment?

 

  

2. Les romans de Philip K. Dick, par Kim Stanley Robinson


Publication originelle : dimanche 8 juin 2008

 

Bien que je m’étais juré de garder mon portefeuille en poche au dernier Congrès Boréal, j’ai succombé une fois de plus à la tentation en me procurant Les romans de Philip K. Dick, traduction française d’une thèse rédigée en 1984 par Kim Stanley Robinson (l’auteur de Mars la rouge, la verte, la bleue, alouette) et rééditée en 2005 par Les moutons électriques. J’aime bien les écrits de Dick. Certes, ils ne sont pas de qualité égale, cet auteur ayant été forcé d’écrire à la tonne pour survivre — et souvent sous l’influence des amphétamines. Mais je me laisse souvent séduire par son mélange de science-fiction et de situations réalistes, et ses personnages si bien cernés et sympathiques qu’on en oublie souvent l’extravagance de ses intrigues. Sur un plan plus large, mentionnons qu’alors que tout le monde connaît Isaac Asimov de nom, peu d’œuvres d’Asimov ont été adaptées au grand écran tandis que c’est l’inverse pour Dick. Si celui-ci est parfois méconnu du grand public, presque tout le monde a vu un jour Blade Runner, Total Recall, Minority Report, Paycheck, etc.

La thèse de Robinson intéressera un large public de passionnés dépourvu de formation littéraire (moi le premier) parce qu’elle est d’abord thématique et non sémiologique. Pas d’étude littéraire avec des termes hermétiques : Robinson s’intéresse au contenu des romans de Dick (pas les nouvelles, juste les romans, quand même assez nombreux) et étudie l’évolution de ces contenus en fonction des grandes périodes qui découpent la vie de l’écrivain. Il y montre la structure des intrigues, les liens entre les personnages (liens obéissant à des schémas particuliers), recense les thèmes principaux et analyse ce qui fait en sorte que certains romans sont des réussites et d’autres des échecs. Sur ce point, la lecture de cette thèse peut être intéressante pour l’apprenti-écrivain qui veut voir ce qui marche et ne marche pas dans un roman. Mais également, j’ai été fortement intéressé par les corrélations entre l’œuvre de Dick et l’histoire de la science-fiction au vingtième siècle. Pour son propos, Robinson doit en effet relater l’émergence de la science-fiction avec Verne et Wells en passant par Gernsback (l’inventeur du terme « science-fiction ») et le fameux "Âge d’or", où les Asimov, Heinlein, Clarke et Van Vogt ont connu leur heure de gloire sous la férule de John W. Campbell Jr. On y apprend comment Campbell a pu provoquer cet âge d’or et mettre la science-fiction sur la carte, mais a pu aussi stériliser celle-ci un certain temps sur le plan thématique. On y voit aussi comment l’œuvre de Dick s’insère dans une ère « post-Campbell » qui a donné naissance aux courants de SF qu’on observe aujourd’hui. J’ai appris beaucoup de choses sur le plan historique, et pu (re) constater comment l’évolution de la science-fiction était influencée elle-même par l’évolution de la perception du public envers la science et le développement des sciences en général — sciences pures, mais aussi sciences humains, dont les découvertes ont pu être intégrées à la SF au cours des années 1960. Ce petit parcours historique suscite la réflexion et servira beaucoup, je crois, l’écrivain de SF. En plus de susciter aussi des réflexions sur le rôle de la SF en matière de critique sociale — une bonne partie de la SF en général, et de l’œuvre de Dick en particulier, ayant pour vocation de jeter un regard critique sur le monde qui nous entoure (chose qu’on a trop souvent tendance à oublier).

Certains critiques reprochent à Robinson d'avoir des propos très personnels et de ne retenir que le matériel servant ses opinions. Je ne peux en juger, mais je n'oublie pas non plus que ce livre est une thèse de doctorat, ce qui suppose qu'en dépit de ses références bibliographiques solides elle est toujours sujette à discussion. J'en retiens pour ma part qu'il s'agit d'un ouvrage qui se lit bien, vite et qui est instructif. Je le recommande chaudement à ceux qui s’intéressent à l’œuvre de Philip K. Dick en particulier et à ceux qui s’intéressent à la SF au sens large. Il m'a donné le goût de lire une peu plus sur cet auteur, peut-être une biographie la prochaine fois. Par curiosité.

 

Retourner à Articles et réflexions

back to top