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La science-fiction, c’est quoi ?

Votre récit comporte un élément extraordinaire pour le lecteur. Si cet élément extraordinaire n’est extraordinaire qu’en apparence et qu’il est, dans le récit justifié au moyen d’une explication scientifique (une technologie futuriste, une race extra-terrestre, etc.), vous êtes dans la science-fiction. En science-fiction, l’extraordinaire est compatible avec les lois de la nature. Les personnages ne vivent pas leur rencontre avec l’extraordinaire comme un choc (du moins pas à long terme) parce que l’extraordinaire est scientifiquement justifié.

Concepts-clés

  • Élément extraordinaire.
  • Compatibilité avec les lois naturelles.
  • Explication scientifique pour expliquer l’extraordinaire.
  • Explication scientifique qui fait appel à une technologie nouvelle, extra-terrestre, futuriste, etc.
 

Exemples de romans de science-fiction

  • RESET, de Joël Champetier.
  • Flashforward, de Robert J. Sawyer.
  • Chronoreg, de Daniel Sernine.
  • Les Chronolithes, de Robert Charles Wilson.
  • Hypérion, de Dan Simmons.
  • La stratégie Ender, d’Orson Scott Card.
  • Le Cycle de Tyranaël (5 volumes), d’Élisabeth Vonarburg.
  • Dans la dèche au royaume enchanté, de Cory Doctorow.
  • Carbone modifié, de Richard Morgan.
  • Les dieux eux-mêmes, d’Isaac Asimov.
  • Le cycle d’Hunger Games, de Susan Collins.

 

1. Mon grain de sel…


J’ajouterais à ces principes que la science-fiction est un « jeu » à partir de la connaissance : on part de connaissances scientifiques ou de technologies avérées et on les extrapole dans le but de racontrer des événements extraordinaires. Les connaissances scientifiques derrière l’histoire peuvent venir aussi bien des sciences naturelles que des sciences humaines. Ce dernier point est parfois à controverse : certains auteurs affirment que les sciences humaines ne sont pas de « vraies » sciences. De mon côté, en tant qu’ancien enseignant en histoire des sciences, je considère ce jugement comme aberrant… mais c’est un autre débat !

Si les concepts scientifiques sont importants en science-fiction, et qu’il faut rester le plus cohérent possible avec les connaissances du moment, il ne faut pas perdre de vue qu’on écrit une histoire, avec des événements et des personnages. Certains jeunes auteurs, mais aussi des auteurs chevronnés, bâtissent des récits entiers juste pour mettre un concept ou une technologie, tout en négligeant le reste. C’est un péril qui guette l’auteur de science-fiction trop féru de science : poussé par une rigueur toute académique, il risque de passer plus de temps à parler des concepts que de son histoire, affaiblissant celle-ci. Vous devez raconter une histoire quand vous écrivez de la science-fiction! Si vous voulez faire une publication académique, vous devez vous adresser aux revues spécialisées.

(Ceci dit, un auteur de science-fiction peu féru de sciences risque de dire des sottises, ce qui n’est pas mieux. Tout est une question d’équilibre.)

Je possède une formation scientifique. Pour tous mes textes, je me suis livré à une documentation rigoureuse, mettant à profit mes années passées dans le milieu académique. Mais si j’ai toujours soigné les aspects scientifiques de mes récits, j’ai toujours veillé à ce que ceux-ci mettent de l’avant des intrigues bien ficelées et des personnages attachants. Ce sont eux que rencontre d’abord le lecteur. Il est important de mettre autant de soins dans leur conception que dans la recherche documentaire.

 

2. Sous-genres de la science-fiction


Tout comme la littérature possède de nombreux visages, la science-fiction peut se décliner en plusieurs facettes, selon les thèmes abordés. Plusieurs classifications des sous-genres de la science-fiction existent, vous en trouverez de très intéressantes sur le Web. Ici, je vous en cite deux.

La première est issue d’un ouvrage sur la science-fiction2:

  • Cyberpunk : courant qui stigmatise les effets des technologies de pointe, l’informatique ou la génétique sur la société.
  • Dystopie : c’est le contraire de l’utopie: l’humanité est opprimée, mais cela permet de réfléchir sur le sens de la société.
  • Hard Science : le courant qui donne aux sciences exactes une place prépondérante dans le récit en y intégrant des spéculations théoriques.
  • New Wave : courant de la science-fiction contestataire et érudite des années 1970, qui a enrichi durablement le genre de la science-fiction.
  • Space opera : récits d’aventures et d’actions dans l’espace où s’affrontent de vastes empires galactiques.
  • Steampunk : l’aube de la technologie et des valeurs occidentales revisitées au moyen de la science contemporaine.
  • Uchronie : récit dans lequel on imagine un déroulement différent de notre Histoire.

La seconde provient d’un livre sur la création de bandes dessinées3:

  • Space Opera : aventure dans l’espace, sur des planètes étrangères.
  • Science fantasy : qui allie la démarche de la SF et l’ambiance de l’heroic fantasy.
  • Cyberpunk : qui explore les retombées des technologies de pointe, notamment l’informatique, dans la vie quotidienne (politique, esthétique, biologique, etc.).
  • Hard Science : récit à forte plausibilité scientifique, fondé sur une information solide.
  • Uchronie : terme forgé sur le modèle d’utopie et désignant un récit fondé sur une hypothèse comme « et si les nazis avaient gagné la dernière guerre? »
  • New Wave : courant constitué au milieu des années 1960 dans la revue anglaise New Worlds.
  • Speculative Fiction : terme proposé par Robet Heinlein pour indiquer que la SF extrapole aussi des sciences humaines (psychanalyse, linguistique, sociologie).
  • Post-apocalyptique (Mad Max) n’est pas cité, alors qu’il a fait les beaux jours du cinéma fantastique des années 1970, en pleine peur du nucléaire.

[…] steampunk, sorte d’uchronie du passé, permet d’imaginer d’autres versions de notre histoire et de mêler la science d’aujourd’hui aux événements du passé (et si les Romains avaient découvert la vapeur? Et si les extraterrestres avaient débarqué sous Louis XIV? etc.)

 

3. Quelques définitions de la science-fiction


Je ne serais pas surpris qu’on retrouve autant de définitions de la science-fiction que d’auteurs de science-fiction — sans nier que toutes ces définitions aient des points communs. Pour alimenter votre réflexion, vous trouverez ci-après plusieurs définitions formulées tant par des écrivains que des penseurs. Pigez-y de quoi forger votre propre définition. Et si jamais vous avez des éléments nouveaux à suggérer, n’hésitez pas à m’en faire part!

JEAN PETTIGREW ET CLAUDE JANELLE4

Fiction cohérente, située dans un monde en relation avec celui du lecteur, qui intègre un ou des éléments qui sont scientifiquement impossibles dans la réalité du lecteur, mais dont la vraisemblance est démontrée par une ou des explications rationnelles dans la réalité du protagoniste, ce qui élimine toute rupture de normalité pour ce dernier.

ÉDITIONS LES SIX BRUMES5

L’action se situe dans le monde réel ou dans un monde irréel. La science-fiction est caractérisée par la projection d’une technologie avancée. L’histoire se déroule dans le futur. Exemple : Dune, Hypérion, Star Trek.

JEAN-CLAUDE ROMER6

[On] peut parler de Science-Fiction lorsque dans le monde du réel, il y a intervention d’une intelligence dans le processus de phénomènes incompatibles avec les lois dites naturelles. […] Exemple : Un chercheur a découvert un procédé qui inverse localement la gravitation, ce qui permet ainsi à une pomme qui se détache de son arbre, non pas de tomber, mais de s’élever dans les airs.

 

4. La science fiction, un révélateur social?


Dans L'effet Science-Fiction, un ouvrage audacieux publié en 19797, les frères Bogdanoff ont demandé à plusieurs célébrités ce quelles pensaient de la science-fiction. Leur enquête, jamais répétée à ma connaissance, donne un aperçu de la diversité des perceptions envers ce genre, allant de ladmiration totale à lhostilité pure. La science-fiction, de l'aveu des auteurs, apparaît dès lors comme une sorte de révélateur social, un prisme qui en dit long sur la manière dont les gens perçoivent leur monde, ses forces et ses lacunes... Pour alimenter votre réflexion, jai sélectionné 10 célébrités (les chiffres entre parenthèses indiquent les pages doù viennent les citations). Je me suis imposé une limite de 10 pour des raisons de commodités, mais l'ouvrage des frères Bogdanoff contient beaucoup de perles dont ma sélection donne un faible avant-goût. Je vous invite à consulter l'ouvrage original en bibliothèque.

 NEIL ARMSTRONG (43)

Lorsque jai posé le pied sur la lune et que jai vu la Terre flotter comme un ballon bleu dans le ciel obscur, jai tout de suite pensé à Jules Verne en me disant que j’étais en train de vivre la première aventure de science-fiction de tous les temps. Depuis, chaque fois que je lis de la science-fiction, cest avec le sentiment que mes petits-enfants vivront des aventures sans doute bien plus passionnantes que la mienne.

CHARLES AZNAVOUR (255)

La science-fiction est un oeil ouvert sur lavenir. Lautre est dans le présent.

CASSIUS CLAY (Mohamed Ali) (256)

La science-fiction est un coup de poing dans la réalité. Cest la réalité K.O.

GÉRARD DEPARDIEU (179-181)

Le peu de culture que jai est presque entièrement issu de mes lectures dans le domaine de la science-fiction. Au fond, je ne connais quelle sur le plan littéraire. [] Si je lis des ouvrages de science-fiction avec un tel plaisir, cest quil s,agit de la seule littérature qui me permet daller plus loin dans lexploration de lhomme; la « grande littérature », le roman classique, ne mont jamais rien apporté de tel. [] Au fond, le monde daujourdhui nest pas fait pour moi. Or, la science-fiction est un peu mon monde à moi, un univers de compensation qui me présente le vrai futur, celui dans lequel je voudrais vivre.

ROMAIN GARY (333-334)

La science-fiction est dans une grande mesure une tentative d’évasion dans « lillimité » scientifique face aux limites cul-de-sac de la civilisation dans le domaine idéologique, écologique, politique, humanitaire, religieux. Cela est particulièrement visible dans son échec quasi général : alors quon imagine de prodigieux changements scientifiques, à l’échelle cosmique, les auteurs sont incapables dimaginer un homme nouveau, comme si de tels bouleversements prodigieux pouvaient laisser lhomme tel quil est aujourdhui. Cest pourquoi les romanciers de la science-fiction sont incapables, malgré toute leur imagination, dinventer des personnages intéressants. Elle est un symptôme typique dune mort de civilisation. Pour moi, son plus grand intérêt est davoir enfin osé dire que ni lhomme ni lintelligence humaine ne sont le centre de lunivers. Elle a pris de plus en plus dimportance comme substitut de Dieu. La véritable science-fiction est impossible à écrire parce quon ne peut pas sortir de lintelligence humaine, alors quil faudrait concevoir, justement, quelque chose qui est soigneusement clos à lintelligence, comme si le cerveau était conçu de telle façon quil ne puisse percer les secrets de lautre univers. Lintelligence est un instrument de défense de linconnu. Son seul apport positif est de nous habituer à la possibilité de limpossible.

HERGÉ (40)

Je dois avouer qu’à de rares exceptions près, je ne me sens guère attiré par cette forme de littérature. Car je lui reprocherai ce quelle a trop souvent, selon moi, de « gratuit ». [] Si la science-fiction est devenue une sorte de phénomène social, cest probablement parce que langoisse devant lavenir est une des caractéristiques de notre époque. De même quil y a des nostalgiques du passé, il existe des passionnés de lailleurs et du futur. [] En ce qui me concerne, je maccomode encore de la vie sur notre vieille terre, toute polluée et encombrée quelle soit, et jy trouve assez dagréments pour ne pas chercher à men évader.

HENRI LABORIT (201-202)

Jai toujours eu beaucoup de plaisir à lire de la science-fiction. Cest un phénomène très important dans la mesure où il favorise l’évolution des sociétés humaines. Certains esprits superficiels diront quelle constitue une évasion hors de notre monde, une attitude de fuite face à un univers perçu comme angoissant. Cest partiellement vrai [] mais elle nest pas que cela []. Précisons en effet que le mécanisme de l’évolution peut se ramener à une circulation toujours plus grande dinformations, celles-ci mettant en forme des ensembles sociaux de plus en plus vastes et complexes. Face à ce soudain accroissement des flux dinformations, lhomme daujourdhui est souvent contraint et donc dagir à laide de « grilles » extrêmement simplifiées. Or, la science-fiction permet à ce surplus dinformations de transiter par le canal de limaginaire, ce qui, outre une amélioration évidente de la circulation des informations, matérialise un découpage précis entre ce qui est réel, possible, et ce qui ne lest pas. Il en résulte en tous les cas pour lhomme une plus grande capacité daction.

PAUL NEWMAN (162)

Un des films qui ma laissé le souvenir le plus extraordinaire, cest Quintet, un film de science-fiction. Pendant toute la durée du tournage, jai vraiment eu la sensation de vivre dans un autre monde. Et pour moi, cest ça la science-fiction : entrer dans un autre monde, tout en sachant que, tôt ou tard, il faudra en sortir.

BERNARD PIVOT (160)

De par mes activités littéraires très prenantes, peut-être par goût, je nai guère le temps de moccuper de science-fiction. Je voudrais simplement dire quil nexiste pas, à mes yeux, de mauvais genre littéraires, genres dont la science-fiction ferait partie. En fait, il nexiste que de bons et de mauvais auteurs qui écrivent, selon les cas, des textes de plus ou moins grandes qualités.

ROGER VADIM (113)

Il y a une vingtaine dannées, alors quau fil des lectures classiques (Céline, Hemingway, Swift, Dostoïevski, Tolstoï, etc.) javais atteint le fond du désenchantement, jai découvert la science-fiction. Immédiatement, ce fut le choc. Pour la première fois, je me trouvais confronté à quelques choses dautre : il ne sagissait plus de littérature mais dimagination et didées à l’état pur. Jeus alors le sentiment davoir enfin rencontré la véritable poétique du monde moderne, le conte de fées de notre époque.

 

Références


1. La description de la science-fiction fournie dans cette rubrique n’est évidemment pas sortie de ma tête. Elle est une synthèse personnelle d’éléments glanés çà et là au fil de mes lectures. On pourra voir des liens entre mes idées et les nombreuses définitions de la science-fiction données à travers cette rubrique.

2. Tiré de : Manfrédo, S. (2005). Idées reçues : la science-fiction. Paris : Le Cavalier Bleu : 123-124.)

3. Tiré de : Lainé, J.-M. & Delzant, S. (2007). La création d’un univers de fiction. Paris : Eyrolles : 54. (http://www.eyrolles.com/Loisirs/Livre/la-creation-d-un-univers-de-fiction-9782212120769)

4. Tiré de : Janelle, C. (2011). Dictionnaire des auteurs des littératures de l’imaginaire en Amérique française. Lévis : Alire : xi.

5. Tiré de : Éditions Les Six Brumes. FAQ. Récupéré le 2015-01-06 à : http://www.sixbrumes.com/foire-aux-questions/

6. Tiré de : Tchernia, P. & Romer, J.-C. (1988). 80 grands succès du cinéma fantastique. Paris : Casterman : 26.

7. Bogdanoff, I. & Bogdanoff, G. (1979). L’effet science-fiction : à la recherche d’une définition. Paris : Robert Laffont.

 

 

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