Lecture : The Private Eye

Une enquête à la Blade Runner (sans les lenteurs ni la sombre atmosphère) au service d’une expérience de pensée typique de la bonne vieille science-fiction : à quoi ressemblerait un futur post-Internet?

The_Private_Eye

L’intrigue

Lors d’un incident d’origine inconnue, toutes les données privées ont été relâchées sur Internet, révélant les secrets inavouables de chacun au monde entier. Une catastrophe marquée par les suicides, les réputations brisées, les drames… et la fin du Web, des iPad et des cellulaires. Au fil des ans, la vie privée s’est érigée en valeur absolue : désormais, les gens se cachent derrière masques bigarrés et identités secrètes quand ils sortent en public.

Dans ce monde où le secret est roi, Patrick Immelmann est un détective privé particulier : paparazzi illégal, il est payé fort cher pour obtenir les informations les plus confidentielles. Ce jour-là, il accepte une enquête insolite : une jeune femme veut découvrir quel genre de dossier un employeur potentiel pourrait monter sur elle. Évidemment, tout dérape : la jeune femme est assassinée et Immelmann se retrouve embarqué, avec la sœur de la défunte, dans une enquête tarabiscotée pour résoudre le crime. Ensemble, ils découvriront une machination au-delà de leurs attentes…

L’intérêt

Les récits de science-fiction sont des récits d’idées. Beaucoup d’entre eux répondent à la question « Et si…? », rejoignant ainsi les expériences de pensée chères aux philosophes. Avec The Private Eye, nous avons droit à l’une de ces bonnes vieilles expériences, où l’on pose la question « À quoi ressemblerait un monde post-Internet? » Réponse : un univers qui érige la vie privée en valeur absolue – un ironique retour de balancier, quand on pense à l’exhibitionnisme de notre époque actuelle. D’où une seconde question : « À quoi ressemblerait un monde qui place la vie privée au-dessus de tout? ». La réponse cohérente (et colorée) proposée par Brian K. Vaughan et Marcos Martin est des plus excentriques, rappelant les délires futuristes d’un Terry Gilliam sans sombrer dans la dystopie.

Points positifs

  • L’intrigue, bien ficelée, reprend les conventions du polar à la sauce SF : le détective privé, la femme fatale, l’enquête anodine qui dérape et l’individu puissant aux redoutables machinations… Mais contrairement à un Blade Runner, aucune longueur, aucun décor sombre : tout est ensoleillé et coloré dans ce futur, même si les changements climatiques ont provoqué une montée des océans. Sur ce point, on nous propose une variation intéressante par rapport aux clichés de la science-fiction : oui, les changements climatiques ont frappé, mais on peut y survivre et le ciel peut toujours briller…
  • Les personnages principaux sont attachants, même si plusieurs aspects de leur vie sont passés sous silence (un choix peut-être volontaire, étant donné que l’histoire traite de la protection de la vie privée). Fait intéressant à souligner : on sous-entend l’homosexualité du héros, ce qu’on voit rarement, il me semble, dans les polars SF classiques.
  • Dessin clair, coloré, plein de personnages bigarrés – ah, tous ces masques bizarres!
  • Les annexes, où les auteurs documentent leur processus créatif.

Points négatifs

  • Plusieurs points d’intrigue sont nébuleux. Outre les lacunes mentionnées au sujet des personnages, certains aspects des machinations de l’adversaire principal sont restés obscurs à mon esprit, malgré leur apparente simplicité.
  • Je me suis interrogé sur la construction de cet arrière-monde futuriste. Par exemple, on nous montre que les journalistes constituent une sorte de pouvoir policier en soi. J’avoue ne pas avoir compris comment on a pu arriver à cette situation – bien que je trouve l’idée intéressante.
  • Certains lecteurs n’aimeront pas la conclusion du récit, une fin ouverte. Mais… les fins ouvertes existent et sont souvent plus intéressantes que les fins fermées, à mon humble avis.

Fiche technique

  • Titre : The Private Eye (version française)
  • Auteurs : Brian K. Vaughan, Marcos Martin et Muntsa Vincente
  • Année : 2017
  • Éditeur : Urban Comics
  • Prix (Québec) : 49,95$
  • Fiche sur Les libraires : https://pantoute.leslibraires.ca/livres/the-private-eye-brian-k-vaughan-9791026810667.html
  • Remarque : comme cette bande dessinée a d’abord été publié sur le Web, sa version papier présente un format insolite (17 cm de haut par 27 cm de large par 3 cm d’épaisseur).

2 réflexions sur « Lecture : The Private Eye »

  1. Arrgggg! Tu vas me faire dépenser je pense! :p

    Aimé par 1 personne

    1. Répète après moi : « Je vais dépenser… Je vais dépenser… » 😀
      Blague à part, ça vaut un petit détour, ne serait-ce que pour les annexes. 🙂

      J'aime

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